76 % des Français font de la santé leur premier critère de vote en 2027. Devant le pouvoir d’achat, devant l’immigration, devant les impôts. La santé, en tête.
Comme médecin, comme parlementaire et comme ancien ministre, je mesure ce que ça représente concrètement. Et pourtant, on continue de gérer la santé comme une variable d’ajustement, en faisant payer la branche maladie pour des compromis politiques sur les retraites. C’est la santé qui a trinqué quand il a fallu trouver un « accord » à l’Assemblée.
La santé, c’est régalien, au même titre que la défense ou la justice. L’État n’a pas le droit de la sous-traiter à la conjoncture budgétaire.
En 2035, trois pathologies concentreront l’essentiel des dépenses de l’assurance maladie : les maladies cardiovasculaires, les cancers, la santé mentale. La vraie question n’est pas de savoir si on va les financer, c’est de savoir si on a le courage d’investir maintenant pour que ça coûte moins cher demain.
Derrière ces trois piliers, un angle mort : la santé environnementale. Les perturbateurs endocriniens, la qualité de l’air, les expositions chroniques alimentent directement la charge cardiovasculaire et cancéreuse. Soigner sans s’attaquer aux causes, c’est vider le bateau avec une cuillère.
Ce qu’il faut, c’est une vision pluriannuelle et des financements qui intègrent ce qu’on évite (hospitalisations, complications), pas seulement ce qu’on dépense. Le diagnostic prédictif, le séquençage génomique, la médecine personnalisée existent et changent le rapport coût-efficacité des soins : c’est pour ça que j’avais lancé la stratégie nationale IA et données de santé et le plan santé mentale, et fait adopter une loi de prévention cardiovasculaire.
Sur les déserts médicaux, le numerus clausus est enterré et 3 700 docteurs juniors seront déployés dans les territoires sous-dotés dès novembre 2026. Mais former plus de médecins ne suffit pas s’ils s’installent tous au même endroit : il faut ancrer la formation dans les territoires et développer les stages en zone sous-dense.
Il faut aussi faire confiance à tous les acteurs, public et privé, hospitaliers et libéraux, médecins et paramédicaux. On perd une énergie folle à les opposer ; le système a besoin de tout le monde.
C’est ce programme-là que je portais au ministère, et c’est pour ça que j’ai refusé de rester lors du changement de gouvernement : je ne pouvais pas accepter un ONDAM insincère, déconnecté des besoins réels. Je l’avais dit comme rapporteur général dès 2024 : un ONDAM qui ne suit pas l’inflation est un ONDAM insincère.
Il faut se débarrasser du sacro-saint PLFSS pour bâtir la loi pluriannuelle que le monde du soin mérite. Je suis retourné à l’Assemblée en ayant repris mon indépendance de parole. 76 % des Français l’ont dit : ils attendent qu’on soit enfin à la hauteur.